Bashung par les autres

Retour sur les débuts de Bashung

Parolier essentiel des débuts, Boris Bergman revient sur quinze ans de collaboration, entre allers et retours, complicité et fâcheries. Genre reviens va-t-en.

Lorsqu’il entame sa collaboration avec Alain Bashung, Boris Bergman a déjà dans sa besace de parolier une petite collection de réussites, dont un tube planétaire : le Rain and Tears d’Aphrodite Child.

Avec Bergman, Bashung va trouver les mots nécessaires pour donner une nouvelle dimension à sa musique, resculptant la langue française pour la rendre compatible avec le rock.

Exclusive et passionnelle, la relation entre le musicien et le parolier vivra au rythme de fabuleux succès (Gaby oh Gaby, Rebel, Vertige de l’amour, Toujours sur la ligne blanche) et d’orages passionnels,  jusqu’au divorce final en 1989, juste après l’album Novice.

Depuis douze ans, les deux ex-complices filent sur deux routes séparées, laissant au temps le soin d’effacer les vieilles cicatrices.

Votre nom apparaît pour la première fois sur un disque de Bashung en 1970, sur la face B d’un 45t : La Paille aux cheveux

La Paille aux cheveux s’est fait à distance, je n’ai jamais rencontré Alain pour cette chanson. Je n’ai connu sa tête qu’une fois le 45t sorti.

Ce n’est qu’en 1973 que nous avons pris contact. Il avait raccroché sa casquette de producteur de Dick Rivers, il sortait son single Bois de santal et venait d’être signé pour un album [Roman-photo].

A l’époque, il travaillait surtout avec Daniel Tardieu. De ma collaboration sur ce disque, il n’est resté que C’est la faute à Dylan [le seul titre repris dans le coffret de 1992 ; Roman-photo est réédité dans le coffret Les Hauts de Bashung].

On avait des points communs, on aimait tous les deux les chansons de JJ Cale et on avait le même livre de chevet, La Dimension des miracles de Robert Sheckley.

On ne savait pas très bien où on allait… Le mélange country-folk et le phrasé de Joni Mitchell ont beaucoup influencé mes textes.

Lui, ça l’énervait d’entendre qu’il était impossible de faire du rock en français et il voulait prouver le contraire.

Je ne sais pas pourquoi il a occulté ce disque pendant toutes ces années. Je me rappelle de Roman-photo comme d’un bon moment, surtout lorsque Jean Paul Gaultier nous a demandé s’il pouvait utiliser gratuitement la chanson Kimono pour un de ses premiers défilés.

Bashung a-t-il dû batailler pour faire un nouvel album ?

Le comportement artistique et privé d’Alain inquiétait fortement les gens de sa maison de disques, qui ne savaient pas s’il fallait continuer l’aventure avec lui.

On a dérivé pendant un an jusqu’à ce qu’un nouveau directeur (Gérard Baquet, un fan de Johnny Kidd et Buddy Holly) décide de signer Alain pour un deuxième album, sur la foi de chansons dont aucune n’avait été retenue sur Roulette russe.

En fait, Alain avait fait des chansons pour être signé et puis il en a enregistré d’autres.

Avec le recul, je me dis qu’il avait prévu le coup. J’ai toujours ces chansons dans un placard.

Pourquoi Roulette russe a-t-il reçu un accueil aussi timide de la part des radios ?

Quand on travaillait avec Alain, on était seuls au monde, personne ne nous dérangeait.

Quand le téléphone sonnait, c’était soit ma mère, soit sa copine qui le cherchait partout, ou alors un mec qui s’était trompé de numéro.

Personne ne faisait ce genre de musique à l’époque, elle n’avait pas sa place dans les radios. En caricaturant à peine, à cette époque en France, il y avait d’un côté Sheila, de l’autre Ferré et Brassens – mais rien entre les deux.

Seul Higelin avait réussi à enfoncer quelques portes, on lui doit énormément.

D’ailleurs, beaucoup de gens croyaient que Ell’ s’fait rougir toute seule était une chanson d’Higelin.

Les disques d’Alain étaient programmés à 22 heures, par des animateurs qui écoutaient du rock, comme Jean-Bernard Hebey sur RTL.

Ce sont les seuls qui, avant Gaby, osaient diffuser les chansons de Roulette russe.

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